TIO MANUEL – The Track of The Magnificent 9
PARIS-MOVE, December 16th 2025
Sacré pédigrée que celui de Manuel Castillo, alias Tio Manuel. Enfant du punk français, ce fils d’immigrants espagnols effectua en effet ses premiers pas au sein de groupes tels que les Spoons, Wunderbach et autres Outsiders, avant de côtoyer Joe Hell (ex-chanteur d’Oberkampf) et Taï-Luc de La Souris Déglinguée (quitte à se joindre à la formation pour leur ultime tournée de 2015). Il n’en mène pas moins une carrière solo depuis un quart de siècle (et son “Rumba Urbana”), et apprécie manifestement la numérotation: après avoir intitulé son second album solo “Dos Tios”, le troisième “3 Cosas”, le suivant “4 Stones”, le septième “The 7th Road” et le huitième “¡Ocho!”, leur dernier successeur en date ne pouvait manquer de faire figurer le number nine en son titre. S’ouvrant sur le jangle de “The Moorland” (relatant sa récente implantation sur la côte bretonne), cette nouvelle livraison s’ancre ainsi entre The Church de Steve Kilbey, Johan Asherton, Calvin Russell et les Long Ryders, et l’on y retrouve à ses côtés, outre les fidèle Gilles Fégeant (lead guitar), Rudy Serairi (basse), Christophe Gaillot (batterie), l’accordéoniste et choriste Sofia Miguelez et le réputé Slim Batteux aux claviers (Ray Charles, Percy Sledge, Eddy Mitchell, Michel Jonasz, Véronique Sanson, Beverly Jo Scott…). Dans la même veine, “Hermosa Princesa” et “Fall – La Caida” (sorti en single) alternent lyrics en anglais et en espagnol, et la reverb-slide guitar de Fégeant leur confère ce souffle des grands espaces sans lequel il n’est pas d’americana possible. Certaines plages teintent même cette tonalité d’une savoureuse touche pop (ainsi de “Once Upon A Time”, et son riff jubilatoire instantanément addictif). Intégralement chantées dans la langue de Cervantes, les ballades atmosphériques “Polvo En El Alma” et “El Golfo” rappellent quant à elles les déambulations de Calexico dans le désert d’Arizona, mais le rock n’ roll n’affleure pas moins encore de ci, de là. Ainsi du moraliste et swinguant “Hope Is Better Than Dope” (qu’auraient sans doute dû méditer plus tôt Peter Perrett, Johnny Thunders et Jerry Nolan) et de “Let’s Ride!” (où Tio démontre ce qu’il a retenu de maîtres tels que Paul Burlison, Scotty Moore et Cliff Gallup, à deux pas du rockab’ façon Stray Cats). Cet album se referme sur le cajun bluegrass unplugged de “Big Easy” (seule plage en français), ainsi qu’une reprise bien sentie du “Louisiana Blues” de Muddy Waters (titre favori de feu Kim Simmonds, leader de Savoy Brown), que Tio gratifie en outre des aboiements de son chien. La preuve éclatante que comme en politique, le punk peut mener à tout, à condition d’en sortir.
Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co