TIO MANUEL
La Piste des Grands Espaces
Avec son neuvième album studio, le songwriter français signe un retour aux sources où le rock se frotte à la poussière du désert espagnol et aux embruns de la Bretagne. De ses racines ibériques à ses voyages dans le Sud des Etats-Unis, le musicien nous livre un disque cinématographique et personnel.
par Belkacem Bahlouli
Votre nouvel album s’appelle The Track of the Magnificent 9. Quelle image se cache derrière ce titre?
C’est d’abord mon 9e album studio. Après The 7th Road et ¡Ocho!, je souhaitais continuer cette logique numérique. The Magnificent 9 est un clin d’oeil au film Les Sept Mercenaires, en remplaçant les sept acteurs originaux par les neuf musiciens du disque. Quant à « The Track » (la piste), elle évoque le voyage.
On retrouve des ambiances cinématographiques, entre landes bretonnes et déserts espagnols. Comment avez-vous construit ce voyage?
Mes racines espagnoles viennent du désert et j’ai toujours été attiré par les grands espaces : l’Arabie, les USA, le Chili…
C’est inscrit dans mon ADN. J’ai aussi beaucoup voyagé dans le Sud des États-Unis, les terres du blues. Aujourd’hui, il y a la lande bretonne et l’océan. C’est ce mélange qui nourrit l’album. Les grands espaces sont propices à l’inspiration.
Le single « Fall / La Caída » est bilingue. Pourquoi ce choix et comment est née cette chanson?
Pour les singles, je fais une confiance totale à mon attaché de presse, Nicolas Miliani. « Fall / La Caída » est l’un des titres les plus rock. On y trouve un côté Mink DeVille et un blues urbain porté par la slide saturée de Gilles, notre guitariste.
Le texte parle de l’automne, de l’automne de la vie… ou peut-être de la chute de notre monde.
Vous mélangez anglais, espagnol et français. Est-ce une question de racines ou de musicalité ?
Je pratique le « Spanglish » depuis un concert au Texas. J’y ai joué avec des groupes hispaniques qui mélangeaient les deux langues ; ils m’ont conseillé de ne pas me « prendre la tête », l’important étant le rythme des mots. Le groupe The Cuban Cowboys m’a montré la voie. Quant au français, c’est une première. Il fallait trouver la recette pour le faire sonner comme le reste, et cela a pris du temps.
Quelles ont été vos influences majeures pour cet enregistrement ?
L’avantage d’être indépendant, c’est de ne pas se soucier des modes. J’écoute des songwriters américains, des bluesmen, mais aussi Hermanos Gutiérrez, Tito & Tarantula ou Calexico. Pour cet album, Tony Joe White tournait beaucoup sur ma platine, tout comme les vieux rockers de l’époque Sun Records, Townes Van Zandt ou Tom Petty.
Y a-t-il un morceau plus difficile à accoucher que les autres?
Oui, « Polvo en el Alma », qui traite de la maladie d’Alzheimer de ma mère. J’ai souffert sur celui-ci, mais il était crucial de ne pas le rater. C’est un morceau très personnel qu’elle n’écoutera jamais.
Après 20 ans de route, qu’est-ce qui vous motive encore en 2026 ?
La musique m’habite depuis l’enfance, de la guitare flamenca de mon oncle à mes premiers groupes au collège. Sortir un album en 2026 a du sens. C’est toujours excitant : on ne sait jamais si on a réussi quelque chose ou si on s’est planté.



