zicazic.com – 28/09/2023

FESTIVAL BLUES D’AUTOMNE EN RABELAISIE

Ecrit par Alain Hiot
jeudi, 28 septembre 2023

FESTIVAL BLUES D’AUTOMNE EN RABELAISIE 2023
SALLE POLYVALENTE – BEAUMONT-EN-VÉRON (37)
Du 22 au 24 septembre 2023

https://www.festival-bar.fr/

Vous allez le constater, ce live-report ne comportera aucune photo. Je me suis posé la question de savoir si je faisais ou pas un compte-rendu, mais le festival n’étant en rien responsable du comportement d’un seul individu, il m’était impossible de ne pas vous relater le contenu de cette huitième édition. D’autant que ce festival, à l’image de quelques autres, est en difficulté et malgré un budget minimaliste cette année, la programmation était magnifique avec beaucoup de diversité et là aussi quelques superbes découvertes. Je ne fournirai donc aucune explication supplémentaire sur la raison de l’absence de photos, et voici ce qui s’est passé du côté musique.

Vendredi 22 septembre, comme tous les ans on s’agite ferme du côté des bénévoles pour finaliser les installations et accueillir comme il se doit le public. Il est 18 heures lorsque les premiers artistes montent sur la scène extérieure gratuite, en l’occurrence le duo Darkside. Difficile de vous détailler leur parcours tant il est compliqué de trouver des informations sur eux, même leur page Facebook ne donne que peu de détails. La voix rauque du guitariste/chanteur en revanche a fait mouche avec un répertoire basé sur pas mal de reprises, et finalement l’idéal pour débuter la soirée en douceur alors que les premiers festivaliers arrivent et commencent à se restaurer devant la scène.

Direction la salle polyvalente ensuite pour le premier concert de la soirée avec Little Odetta. Fidèles à leur habitude, ils vont mettre le feu avec leur répertoire très rock et une frontmowan, Audrey Lurie, dont je me demande toujours où elle va puiser toute cette énergie ! Énorme concert et l’on attend avec impatience un deuxième album prévu, semble-t-il, pour l’année prochaine mais chut … !

Pour refermer cette première soirée, c’est Rozedale qui va s’y coller avec un répertoire qui, depuis 2016, ne cesse de monter en intensité. Inutile je pense de rappeler la qualité et la dextérité de Charlie à la guitare qui nous a de nouveau gratifié de chorus incroyables, ni celle de la voix d’Amandyn capable de vous balancer du Beth Hart d’un claquement de doigts, en revanche une fois n’est pas coutume je voudrais mettre l’accent sur la performance remarquable du bassiste Nicolas Fageot qui nous a fait une démonstration, entre autre, de slap totalement renversante. Et si le line-up a une fâcheuse tendance à changer régulièrement, il y a bien une constante chez Rozedale, c’est la qualité maximale des titres et de leurs prestations scéniques !

Samedi 23 septembre, j’avais déjà eu l’occasion de voir Ady Errd avec deux formations, les Jake Walkers et Ady & the Hop Pickers, mais cette fois-ci c’est en One Woman Band qu’elle est venue faire l’ouverture de cette deuxième journée sur la scène extérieure, il est bon de le rappeler, toujours gratuite ! Voici une artiste que l’on a toujours un immense plaisir à côtoyer, hyper talentueuse, généreuse sur scène, adorable en dehors, un vrai bonheur d’avoir de telles musiciennes en France ! Et que ce soit avec sa superbe Épiphone rouge, ou debout sur le devant de la scène avec une cigar-box fabriquée par Philippe Fournier, présent dans le village des artisans, elle a littéralement emballé le public avec elle. Merci Ady et surtout ne change rien !

En attendant la suite des concerts de l’après-midi, nous avons eu droit à une superbe animation de danses, Charleston, Rock, Country, Lindy Hop, avec l’association Go Swing qui a mis une sacrée belle ambiance.

C’est l’un de mes coups de cœur de cette édition qui va ensuite prendre possession de la scène, Strange O’ Clock, un duo formé d’un guitariste époustouflant et d’une chanteuse / percussionniste sur calebasse hyper charismatique et talentueuse. Un set résolument africain qui nous a fait voyager en langue Dioula du côté du Burkina Faso, et une magnifique découverte pour moi. Un pur bonheur partagé avec un public ravi de ce pas de côté hors des sentiers battus, un peu à l’image de Bafang lors du Buis Blues Festival.

Et pour finir en beauté cet après-midi, voici venir Ronan avec sa nouvelle formation, le quartet Blue Footed Boobies, au sein duquel l’harmo de Marko Balland occupe une place de choix. Une équipe de tueurs comme on dit, avec une base rythmique basse/batterie de haut vol, et la voix et la présence scénique de Ronan, qu’à titre personnel, je suis ravi de voir dans cette nouvelle configuration.

Mais il est déjà l’heure d’aller se poser dans la salle pour Connor Selby, intronisé jeune artiste de l’année chez nos amis Britanniques, et ce pour la troisième année consécutive. Autant dire qu’il était attendu avec une certaine impatience, d’autant que c’est l’une des premières fois, si ce n’est d’ailleurs la première (à vérifier), qu’il se produit en France. Un Blues très pur, il y a du Clapton chez Connor Selby, un peu trop sage à mon goût car j’aime bien quand ça dérive un peu et que cela monte un peu plus dans les tours, mais comme d’habitude je précise que ce sont là mes goûts personnels qui n’engagent que moi. De toute façon Connor Selby a largement conquis le public ce qui est le principal.

Encore une découverte en exclu du festival, et ce qui suit ne va pas faire redescendre la qualité de cette programmation ! On connaissait déjà Vinz Pollet Villard avec la géniale formation Léon Newars, on connaissait également le gaucher Florian Royo et ses multiples collaborations avec des artistes renommés, Guillaume Destarac à la batterie nous avait déjà régalés avec, entre autres, Fred Chapellier, mais les trois ensemble c’est carrément du délire ! En assurant les inter-scènes, les Backscratchers nous ont embarqués avec eux dans deux sets totalement addictifs. Quelle claque ! Et quelle superbe idée de les avoir programmés à Beaumont-en-Véron ! Géantissime !

Je vais m’attarder un peu plus sur la formation suivante, Mercy, que les moins de vingt ans ne peuvent sans doute pas connaître. Mais lorsque l’on a comme références collaboratives Luther Allison, Tomy Castro ou Ana Popovic, on se doute que ça va être quelque chose sur scène. Comme je l’indiquais juste avant, j’aime bien lorsque les live sont un peu imparfaits (il n’y a rien de plus frustrant que d’avoir note à note la restitution d’un titre d’un album), lorsque l’énergie est au rendez-vous et que ça déménage un peu, ou même beaucoup, et surtout quand le rapport au public est total avec une vraie complicité et un retour des spectateurs à la hauteur du spectacle donné. Et justement en ce samedi soir tout y était ! Ce set était un pur bonheur et là encore il faut remercier l’équipe du B.A.R. pour avoir programmé Jean-Paul Avellaneda et son trio de musiciens qu’Ana Popovic connait bien ! Merci Mercy et encore MERCI !

Un petit tour de nouveau à l’extérieur avec les Backscratchers et voici déjà venir le dernier concert du samedi avec Oak Veins, un tout jeune groupe originaire de Loudun à tendance heavy blues, mais finalement très rock avec quelques envolées psychés. Un set là aussi très énergique avec mon petit kif personnel, la visite du côté du « Dazed And Confused » de Led Zep ! Un groupe qui possède déjà un univers très personnel et indéniablement taillé pour le live. Et s’il fallait trouver un léger reproche, ce serait peut-être le jeu de scène capillaire sans doute un peu excessif, avis de nouveau purement personnel, mais assurément ces très jeunes gens sont promis à un bel avenir.

On pourrait penser que la soirée s’est achevée là, mais que nenni ! Des stands du village des artisans montent encore les sons de petits bœufs entre amis, devant quelques spectateurs qui ne sont visiblement pas encore totalement rassasiés de musique !

Dimanche 24 septembre, dernière ligne droite qui va débuter par une nouvelle sacrée découverte pour moi, et l’un de mes autres coups de cœur du festival, Tio Manuel, sur la scène extérieure, et en insistant encore sur sa gratuité. Mené par Manu Castillo et sa superbe Gretsch, le groupe va nous emmener dans différents styles, blues, Tex-Mex, Americana, avec quelques touches rock, un répertoire hyper festif qui va nous faire sacrément voyager. Voilà un groupe que j’aimerais beaucoup revoir sur d’autres scènes des festivals que je fréquente … je dis ça … je dis rien … !

Du côté de la scène intérieure c’est un trio qui se met en place avec une partie du groupe Blankass. Il y a plus de trente ans que cette formation existe et cela tient toujours autant la route ! Avec en plus un très bel échange avec le public, de l’humour et une hyper simplicité, Guillaume Ledoux et ses deux complices vont revisiter quelques grands standards de Blankass en version acoustique. Du pur bonheur et, là encore, une programmation très éclectique qui a su contenter tout le monde.
Pour refermer cette huitième édition il fallait une artiste hors norme, et Kaz Hawkins a été comme d’habitude absolument gigantesque. En arrivant a-capella en traversant la salle au milieu du public, elle a de suite donné le ton avec cette voix incroyable et ce charisme absolu ! Accompagnée elle aussi par une équipe de musiciens fabuleux, Cédric Le Goff, Sylvain Laforge, Julien Boisseau et Amaury Blanchard, elle fait l’unanimité partout où elle se produit. Il faut dire que sa simplicité, sa gentillesse et sa disponibilité sont à la hauteur de son talent, immense ! Je n’ai pas pu malheureusement rester jusqu’à la fin de ce concert, obligations de retour, mais j’ai entendu dire que l’after a été particulièrement animé.

En conclusion, cette huitième édition a été très compliquée à mettre sur pieds, mais lorsqu’on voit le résultat avec des moyens très limités, on ne peut que féliciter toute l’équipe du Blues d’Automne en Rabelaisie et du Temps des Crises pour cette magnifique programmation, tous les bénévoles qui ont encore abattu un boulot incroyable, le son parfait concocté par Adrien, et on croise vraiment les doigts pour que 2024 voit une neuvième édition se dérouler avec du public en nombre car vraiment ce festival le mérite !

Alain Hiot – septembre 2023